Dundee sous les projecteurs

Dundee est sans doute la petite ville d’Ecosse qui aura attiré le plus de regards en 2018. Spoiler : ça va continuer en 2019. Malgré un passé un peu rugueux, Dundee est une ville portuaire, poétique et bigarrée, perchée sur la côte Est écossaise. C’est une ville où l’on innove, où l’on expérimente, et où l’on ne se prend pas la tête. Voilà une petite promenade désordonnée dans les rues de Dundee, du front de mer au centre-ville.

Dundee, entre mer et rivière

Quand mon train arrive à Dundee, il se dandine sur un pont filiforme qui enjambe la Tay. Il est tôt, un petit soleil fait miroiter les eaux de la rivière, qui ne savent plus bien si elles doivent être douces ou salées. La mer du Nord commence par là, un peu plus loin, quelque part.

Lors de mon premier passage à Dundee, il y a quatre ans, j’étais sortie du train dans une zone presque désertique, hantée par des pelleteuses et des tas de gravats. Je ne le savais pas encore, mais Dundee couvait un projet secret : son « waterfront », son bord de rivière, allait renaître de ses cendres. Dans quelques années, on trouverait ici des jardins, des échoppes, et au milieu de tout ça, un magnifique musée voué au design : le V&A. V&A, comme Victoria et Albert, la Reine et son prince consort. V&A, comme le musée « mère », à Londres. A l’époque, je n’en savais rien. Mais cette année 2018 fut marquée par le compte à rebours avant l’ouverture des portes, le 15 septembre dernier. Avec ses airs de gros bateau, qui tend le nez vers l’horizon, le V&A intrigue et fait parler. Que l’on aime son allure ou non, il faut s’en approcher et le visiter. C’est gratuit. C’est pour nous. C’est cadeau.

A l’intérieur, qu’est-ce qu’on trouve ? Deux galeries dédiées au design écossais, une autre pour les expositions permanentes : actuellement, l’expo Ocean Liners nous emmène dans l’univers des paquebots, car l’Ecosse a joué un grand rôle dans la construction navale. De la vie des ouvriers au bord de la Clyde ou de la Tay jusqu’aux affiches publicitaires du Titanic, on vogue tranquillement de pièce en pièce et on en ressort avec l’envie de faire face à l’océan depuis le pont d’un navire mystérieux. Façon Jack et Rose.
La prochaine exposition, d’avril à septembre 2019, sera beaucoup plus geek. Videogames : Design/Play/Disrupt sera dédiée à la culture jeu vidéo et s’annonce vraiment novatrice : pour une fois, on questionne la complexité du jeu vidéo et son rôle révolutionnaire dans le design. Encore une fois, c’est un sujet plein de sens à Dundee, où, en 1984, quatre copains créent une petite boîte, DMA Design, et inventent le jeu Lemmings en 1991 (je vous sens écarquiller les yeux derrière votre écran) avant de sortir le premier Grand Theft Auto en 1997. L’entreprise fut ensuite absorbée par le label américain Rockstar. Mais quand même, c’est à Dundee que tout a commencé !

Street art, jeux vidéo et vieux cimetières à Dundee

Une fois le front de mer dans mon dos, je m’enfonce dans le centre-ville de Dundee. Les portes recouvertes de street art me font sourire. Dans ma poche, j’ai une carte bien pratique pour partir à la recherche de toutes ces œuvres de street-art en suivant le Open/Close trail. Elles sont partout. Les plus observateurs – et les plus geeks – d’entre-vous souriront en voyant les petites sculptures de Lemmings (dans le parc de Perth Road), héros du jeu que je mentionnais plus haut.

Si vous avez encore envie d’écumer les musées après le V&A, voici deux autres lieux superbes à vous mettre sous la dent. D’abord, la galerie Mc Manus. Les fans de Victoria et Albert apprécieront le fait que ce monument fut d’abord dédié au prince consort avoir d’avoir été transformée en musée. Il est bon d’y faire un tour pour en savoir plus sur Dundee, comprendre où l’on met les pieds. Pour pousser plus loin, la galerie d’art moderne, Dundee Contemporary Art (dire DCA si vous voulez sonner local), et ses expositions qui changent constamment, cache toujours quelques bonnes surprises.

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Mais mon endroit préféré, à Dundee, c’est bien le Howff, le vieux cimetière du centre-ville. Est-ce un cimetière, est-ce un jardin ? On ne sait pas très bien. La nature reprend ses droits sur la pierre, au grand bonheur du promeneur. Ce cimetière au nom imprononçable existe depuis le 16ème siècle et possède une incroyable collection de pierres tombales : il y en aurait plus de 80 000. Si on observe bien les tombes, on se rend compte que certaines portent des symboles qui nous en disent plus sur les métiers exercés par les défunts de leur vivant : maçon, paysan, meunier… D’autres portent des citations, des proverbes, et sont vraiment très détaillées. *

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Dundee, une histoire industrielle transformée en atout

Il y a une phrase qu’on ne cesse d’entendre à promos de Dundee : « capital of jam, jute and journalism ». De quoi laisser le visiteur de passage pantois. Bon. Jam d’abord. En passant devant votre première épicerie, vous allez remarquer tous ces pots de confiture d’orange amère. C’est à Dundee que cette délicieuse marmelade aurait été inventée, par une femme cherchant un nouveau moyen de conserver ses fruits vieillissants. J’ai d’ailleurs encore un pot dans mon frigo, venu tout droit de chez Fisher’s et Donaldson’s où, si vous voulez vivre Dundee jusqu’au bout, vous irez goûter un « fudge doughnut ». Autrement dit, un beignet fourré à la crème chantilly et recouvert de caramel (French Kilt ne pourra être tenu responsable de tout effet déclenché par le pic de sucre qui vous attend). Voilà. Ca, c’était pour la confiture. Il se trouve donc qu’en plus de cela, Dundee est célèbre pour sa fabrication ancestrale de jute, ce matériau végétal rêche qui servait à faire ce qu’on appellerait communément « des sacs à patates ». Un très chouette musée est à visiter si vous êtes intrigués : il s’appelle Verdant Works, et c’est l’une des dernières usines de jute préservée dans son jus et ouverte au public. Et sans transition aucune, le journalisme : un grand groupe de presse, D.C. Thomson, avait installé ses quartiers à Dundee dès 1905 et c’est ici que les titres The Courier et The Sunday Post sont encore fabriqués. C’est d’ailleurs dans les pages du Sunday Post que sont nés deux monuments de bande-dessinée écossaise, dont vous retrouverez les statues en ville : Oor Wullie (comprenez « Notre Willie »), né en 1936, et « The Broons », une famille écossaise. Chaque Ecossais que vous rencontrerez aura reçu ces albums à Noël, et connaîtra leur univers par coeur. Ils peuvent être compliqués à lire pour nous, petits Français, car ils sont écrits en Scots (d’ailleurs, pour en apprendre un peu plus, la National Library of Scotland a un site hilarant sur le sujet). Les comics, encore une autre corde à l’arc de Dundee !

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Une statue de OorWuillie devant MacManusGallery
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A Verdant Works

Cependant, Dundee s’est aussi fait une place dans le monde de la construction navale (il faut d’ailleurs absolument visiter le Discovery, le navire utilisé pour la première expédition de recherche scientifique en Antarctique en 1901, qui fut construit à Dundee) mais comme ça ne commence pas par J, on ne peut pas vous en parler. C’est bête, hein ?

Dundee, une ville en mutation qui met en avant son identité

Voilà, vous savez maintenant pourquoi Dundee semble être mentionnée un peu partout cette année. Encore hier, je lisais que le magazine National Geographic a inclus Dundee dans sa liste de « lieux cool » à voir en 2019, après plusieurs grands titres, tels que Lonely Planet. Les gens n’ont pas attendu ces injonctions puisque, en quelques mois, le V&A, par exemple, a déjà accueilli plus de 250 000 visiteurs. Si, jusqu’à présent, j’ai entendu quelques Ecossais se questionner sur le coût d’un tel chantier, où l’on peut aisément évoquer le million de livres pour la refonte du front de mer, tous les gens qui me parlent du V&A et de la transformation de la ville sont très impressionnés.

Forcément, je n’ai pas la moindre idée du « Dundee » d’avant. On m’a parlé d’une ville triste et sale, fuie par sa jeunesse, laissée pour compte. Aujourd’hui, je vois plutôt une Dundee trendy, où des petits cafés hipstérisants ouvrent, où la culture gratuite est développée avec brio. J’ai parlé, à Dundee, à des gens passionnés par ce qu’ils font, et qui n’ont pas encore épuisé 10% des idées qu’ils ont pour leur ville. Et ça donne de l’espoir : ce serait dommage, vraiment, que l’intérêt porté à Dundee ces derniers temps retombe comme un soufflé, car il y a tant de travail, tant de gens derrière cette réussite. Dundee, est devenue, par exemple, ville UNESCO de la Culture en 2014.  Mais la recette a l’air de bien fonctionner : un front de mer rénové de font en comble, un centre-ville qui se voit constellé de nouvelles enseignes indépendantes, mêlées aux anciennes, des festivals originaux dont la liste se trouve ici, et une communauté créative qui fait des merveilles.
S’il ne vous fallait qu’un outil, qu’une carte, pour visiter Dundee, téléchargez cette carte des « 99 choses à faire à Dundee », développée par Creative Dundee. Elle est juste TROP BIEN.

Voilà. Je ne sais pas si cela transparaît dans mon article mais… Allez à Dundee. Et si je ne vous ai pas entièrement convaincus : Dundee est aussi saluée pour son ensoleillement, plus important que partout ailleurs en Ecosse !

 

Sarah

Sarah

Journaliste de formation, je me suis installée en Ecosse à l'été 2015. Au programme : des rencontres, des belles histoires et des kilomètres de route. Pour rendre tout ça possible, je travaille le matin dans une jolie petite auberge de jeunesse et j'écris l'après-midi...
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